Elbeuf 12 000 euros par mois, maisons en Grèce. Le scandale de l'élu PS, Didier Marie, en Seine-Maritime

Maisons en Grèce, des revenus confortables et des missions multiples... Mediapart a enquêté sur Didier Marie, le baron de la fabiusie en Seine-Maritime, roi des indemnités.

Mise à jour : 04/06/2015 à 19:47 par La Rédaction

 

L'élu PS Didier Marie, devenu sénateur, est épinglé par Médiapart, mercredi 3 juin 2015. (Photo d'archives)
L'élu PS Didier Marie, devenu sénateur, est épinglé par Médiapart, mercredi 3 juin 2015. (Photo d'archives)

Si Didier Marie, sénateur PS de Seine-Maritime, indique sur sa déclaration d’intérêts et d’activités au titre d’un mandat parlementaire qu’il est instituteur de profession, il semblerait, d’après l’enquête de Mediapart, qu’il ait fait de la politique son vrai métier. En juillet 2014, Normandie-actu pointait déjà du doigt les revenus multiples du sénateur PS et sa fameuse mission auprès du président de l’association Démocratie et culture, pour laquelle il recevait 3 200 euros par mois pour 14 heures par semaine. Tout de même.

> Lire aussi. Notre interview : Salaires d’élus PS en Seine-Maritime. « Il y la légalité, la normalité, et la moralité »

12 000 euros de revenus mensuels

L’acolyte de Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères du gouvernement Hollande, est devenu sénateur. Et a dû remplir une déclaration auprès de la Haute autorité pour la transparence de la vie publique. Une déclaration rendue publique et dans laquelle il indique multiplier les activités et missions. Le tout pour une coquette somme mensuelle de 12 000 euros, maintenue au fil des années. Des revenus dont le montant ne choque nullement l’ancien président du Département de Seine-Maritime :

Chacun peut avoir un jugement sur le montant de ma rémunération, mais ça ne pose aucun problème juridique. Si vous comparez avec des rémunérations de cadres dans des tas de domaines, comme celui des sociétés de conseil, cela n’a rien d’extravagant », déclare-t-il à Mediapart.

Le site d’informations estime que l’élu aurait bénéficié de contrats de complaisance accordés par Laurent Fabius et Christophe Bouillon, l’ex-patron de la fédération socialiste de Seine-Maritime.

Les canaux souterrains de la fabiusie

Cumulant les fonctions et les missions, Didier Marie aurait-il des pouvoirs secrets qui lui permettraient de déjouer les limites du temps et des journées de 24 heures ? Si l’on en croit les différentes activités de l’élu, durant des années, l’homme a dû avoir de courtes nuits : président de Département, vice-président d’Agglomération, maire adjoint, attaché parlementaire, président de l’office HLM, administrateur d’une société d’autoroutes. Et tout cela à la fois…
Lorsque Laurent Fabius est devenu ministre, Guillaume Bachelay l’a repris comme attaché parlementaire (mais pour seulement 1 900 euros par mois, au lieu des 5 500 euros par mois concédés par Laurent Fabius). C’est à ce moment-là que la fédération PS de Seine-Maritime (association Démocratie & culture) l’employait comme chargé de mission (3 200 euros par mois pour 14h par semaine).
Mediapart
attaque ainsi l’un des barons de la fabiusie qui aurait bénéficié des largesses du ministre :

Didier Marie, président PS du Département de 2004 à 2014, chargé de tenir le bastion historique de son mentor, a réussi l’exploit d’encaisser pendant des années un total de 12 000 euros de revenus mensuels liés à son « travail » politique, via différents canaux souterrains de la « fabiusie ».

La trésorerie PS de Rouen (Seine-Maritime) aurait contribué à offrir à l’élu un confortable revenu, lui permettant de réaliser des investissements : « Au fil des années, avec des recettes sanctuarisées aux environs de 12 000 par mois, le grand-élu-petit-assistant-conseiller-personnel a ainsi dégagé suffisamment de marges pour investir dans plusieurs biens immobiliers en France, et sur l’île grecque de Paros », détaille ainsi Médiapart.

Le roi du cumul

Entre janvier 2010 et juin 2012, le député Laurent Fabius a en effet salarié Didier Marie comme collaborateur parlementaire à temps plein, alors que celui-ci officiait déjà comme président du Département de Seine-Maritime (indemnisé à hauteur de 4 400 euros mensuels), comme vice-président de la Communauté d’agglomération de Rouen (1 460 euros) et comme adjoint au maire d’Elbeuf (970 euros) sans compter sa présidence d’Habitat 76 (premier bailleur social de Seine- Maritime) et 415 euros de jetons pour siéger au conseil d’administration de la société des autoroutes Paris-Normandie, indique Mediapart.

S’interrogeant sur les « talents d’ubiquité exceptionnels de l’élu », l’enquête précise que « Didier Marie gagnait ainsi huit fois le Smic, sans même avoir à pantoufler dans le privé.» L’ancien président PS du Département de Seine-Maritime se défend.« Je n’ai rien à me reprocher, j’ai beaucoup donné pour le parti, rappelant que son cas est plutôt une généralité. » Un exemple de la professionnalisation de la politique selon Mediapart.

Ses revenus

En juillet 2014, la Haute autorité pour la transparence de la vie publique a dévoilé les déclarations des élus. Voici ce que déclarait Didier Marie :

• Jusqu’en 2012 :
Président du Conseil général de Seine-Maritime jusqu’en 2013 : 4 448 € mensuels entre avril 2004 et janvier 2014
Collaborateur de député auprès de Laurent Fabius jusqu’en 2012 : il était rémunéré 5 500 € par mois
Siège au Conseil d’administration de la société des autoroutes : 5 000 € par an, soit 415 € mensuels
Entre 2010 et 2014, notamment, il était adjoint au maire d’Elbeuf (970 € par mois) et vice-président de la CREA (1 458 € mensuels)

• De 2012 à 2013 :
Président du Conseil général de Seine-Maritime jusqu’en 2013 : 4 448 € mensuels entre avril 2004 et janvier 2014
Collaborateur de député auprès de Guillaume Bachelay : 1 900 € mensuels pour 90 heures de travail
Chargé de mission auprès du président de l’association Démocratie & culture : 3 200 € mensuels pour 14 heures hebdomadaires
Siège au Conseil d’administration de la société des autoroutes : 5 000 € par an, soit 415 € mensuels
Entre 2010 et 2014, notamment, il était adjoint au maire d’Elbeuf (970 € par mois) et vice-président de la CREA (1 458 € mensuels)

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